Vous ne le savez peut-être pas, mais les couleurs arborées dans la rue, dans vos intérieurs, sur vos vêtements, ou bien sur les spots de pub présents sur vos écrans sont le résultat d’une sélection précise réalisée chaque année par des experts en la matière. 

Référence mondiale dans le domaine, le Pantone Color Institue s’en ai fait une spécialité depuis la fin du siècle dernier. D’autres marques ou médias se sont également pris au jeu pour essayer de dénicher la ou les couleurs tendances du moment. Une tradition dont se sont emparés les réseaux sociaux et amplifiée par des célébrités au marketing influent …

Le Pantone Color Institute, l’empire de la couleur

Depuis 1999, le Pantone Color Institute donne le ton dans le monde de la mode et du design en déclarant chaque année quelle est LA couleur tendance qui déterminera la teinte de votre déco ou de vos vêtements. 

Avant de devenir une référence mondiale, le Pantone Color Institute, c’est d’abord l’histoire de Pantone, une petite imprimerie d’une agence de publicité du New Jersey spécialisée dans les teintes de cosmétiques dans les années 1950. 

En 1963, Lawrence Herbert, l’homme alors à la tête de l’imprimerie, invente un procédé révolutionnaire : le Pantone Matching System. Il s’agit d’un système de séparation et de codification des couleurs qui permet d’obtenir un résultat à l’impression identique à celui attendu. Devenu un langage universel, cet éventail de teintes est alors adopté partout ; dans l’architecture, la décoration, puis la mode dès les années 1970-1980. Fort de ce succès, le Color Pantone Institute est fondé en 1985 dans le but de proposer des conseils en identité de marque. De grandes entreprises, et même des Etats vont utiliser des teintes de ce fameux nuancier de couleurs pour leurs besoins en matière d’image. 

Plus qu’un guide de couleurs, Pantone est aussi le reflet de notre société. En 1999, à l’aube du 20e siècle, l’entreprise réussi un coup marketing qui deviendra une tradition : la création de la couleur de l’année. La couleur de l’année devient ainsi un baromètre pour les tendances actuelles. Mais ce choix annuel va finalement dépasser sa seule fonction esthétique pour venir un repère culturel et un révélateur de la pensée de l’époque. 

Le nuancier Pantone est la bible pour les designers du monde entier. Il affiche les 2 390 couleurs d’accompagnement du système graphique Pantone sur des papiers couchés et non couchés. © Pantone

Cloud Dancer, color of the year

«  La Pantone Color of the Year 2026, PANTONE 11-4201 Cloud Dancer, est une couleur structurelle clé dont la polyvalence sert de base au spectre chromatique, permettant à toutes les couleurs de briller. Dans un monde où la couleur est devenue synonyme d’expression personnelle, cette nuance s’adapte, s’harmonise et crée des contrastes, apportant une sensation de légèreté aérienne à toutes les applications et à tous les environnements, qu’elle soit utilisée seule ou combinée à d’autres teintes ».

C’est ainsi que Pantone explique son choix pour la couleur de l’année 2026. Appelé « Cloud Dancer », ce blanc cassé se veut lumineux et apaisant. Ce parti pris s’expliquerait par la volonté de créer une ambiance douce et sereine qui aboutirait à un mélange entre un minimalisme contemporain et une élégance naturelle dans un monde saturé de bruit et d’images. Une quête de sérénité et de déconnexion propice à une retraite méditative, pratique très en vogue actuellement. 

Une sélection loin d’être passée inaperçue et qui divise autant dans le domaine de la mode que chez les spécialistes du monde de l’art et de la culture. Car si certains peuvent trouver ce choix mou et pour le moins ennuyeux, d’autres y voient un reliquat d’idées conservatrices.

Cloud Dancer © Pantone

Un choix pas si anodin ?

Ce choix de neutralité et de retrait de la part de Pantone est-il anodin ? Non si l’on écoute David Batchelor. Selon l’artiste britannique, la « chromophobie », ou « peur de la couleur en occident », désigne une certaine conception de la couleur faite dès l’époque antique dans l’art. Selon plusieurs théoriciens de l’art de cette période, la couleur était considérée comme vulgaire, décadente, voire inférieure aux principes esthétiques occidentaux. Une considération qui s’est accentuée à l’époque moderne ainsi qu’au 19e siècle. Assignée aux femmes, aux peuples racisés, la couleur était « soupçonnée de séduire l’oeil sans nourrir l’esprit », comme l’explique l’historienne de l’art Jacqueline Lichtenstein, tandis que la sobriété chromatique et le dessin devenaient a contrario un marqueur d’une civilisation maîtrisée et légitime. 

Présenté comme universel, cet idéal de neutralité a été utilisé dès l’Antiquité pour véhiculer certaines vertu bien précises. Selon l’historien de l’art Michel Pastoureau, le blanc est associé à la lumière, au sacré et à un idéal de pureté largement repris et accentué par le Christianisme. Les couleurs étaient rejetées et associées à l’étranger, au paganisme, notamment à l’Orient. 

Cet esthétisme érige, à défaut d’ailleurs, le blanc immaculé des statues grecques, comme le summum de l’art, perception sur laquelle les académies des beaux arts se sont ensuite basées. Une considération que l’on retrouve dans l’architecture jusque dans les années 1930 avec le mouvement moderniste porté par quelques architectes qui estimaient que toute nouvelle architecture, toujours dans cette idéal de rationalité et d’universalité, devait être blanche.

Pantone, Pinterest ou Taylor Swift, qui fait les tendances ?

Au diable les polémiques. Pinterest a dévoilé de son côté les cinq nuances phares, qui selon le réseau social, feront les grandes tendances de 2026. Scoop (ou pas vraiment), celles-ci tranchent largement avec le côté minimaliste de Cloud Dancer. Des teintes joyeuses et vivantes que l’on retrouve déjà sur les podiums, les magazines de mode ou bien dans la rue.

Pinterest a par conséquent misé sur un bleu givré sur lequel se ruent les marques de cosmétiques ; un vert sauge naturel qui rappelle l’herbe et la nature ; un cassis profond idéal pour la déco ; un orange topaze lumineux et chaud qui connait un succès fulgurant depuis plusieurs semaines grâce à son utilisation pour les besoins marketing des stars planétaires comme Taylor Swift et l’acteur Timothée Chalamet ; et enfin un vert-jaune vif Wasabi plein de fraicheur déjà présent chez des marques comme Prada ou Zimmermann.

Echantillons de la palette 2026 de Pinterest. © Pinterest

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Qu’elle soit virginale, éclatante, consensuelle ou tapageuse, la couleur reste bien présente dans nos sociétés dont elle se fait l’écho. Elle est révélatrice des nouvelles mouvances, mais également d’une propension à l’effritement du poids des modèles traditionnels, dont fait partie Pantone, au profit des réseaux sociaux devenus les principaux prescripteurs de tendances.